L’odeur de la vengeance, ou « Pourquoi il ne faut jamais péter dans l’ascenseur ».

Un livre qu’on appellera ici « La Vengeance de Val » est sortie en librairie hier.  Alors que E.L James continue à faire un tabac avec ses 50 nuances de gris, Valérie Trierweiler imprime sa revanche en noir et blanc. De nombreux personnages politiques ont vu rouge, et l’Elysée rit jaune.

William Congreve l’a bien dit : L’enfer n’a de fureur plus redoutable qu’une femme rejetée. Atteinte jusqu’au fin fond de ses tripes par la fin de sa relation avec François Hollande, elle a pris le mors aux dents, dégainé sa plume et mordu dans le vif. Oeil pour oeil, dent pour dent, elle a visiblement besoin de rogner son os en public.

C’est ainsi que hier, 15000 exemplaires de cette diatribe ont été achetés en quelques heures. L’éditeur a visiblement compris qu’une femme qui a une dent contre le Président vaut son poids en or.

Cette oeuvre a été tirée à 200,000 exemplaires, et les médias en font généreusement sa publicité depuis deux jours. Ces livres ont été imprimés en Allemagne, ce qui aura au moins épargné aux imprimeries françaises le cadeau empoisonné d’un contrat juteux pour un block-buster « made in France » qui vise directement le Président de la République.

Non contente de déballer sa vie privée, VT y raconterait que Mr le Président n’aime pas « les pauvres », qu’il appellerait les « sans dents ». Son message aux Français est donc qu’ils ont élu un homme qui les méprise profondément : l’accusation est grave.

Vachefollette est plutôt d’avis que laver son linge sale en public, ça manque d’élégance. Régler ses comptes avec son ex « à la OK Corral » par la publication d’un livre, c’est un peu comme si on pétait dans un ascenseur bondé de monde. Alors que le péteur se trouve allégé d’un certain inconfort sans pour autant être incommodé par l’odeur (il connait déjà le parfum de ses propres flatulences), les autres occupants, enfermés, sont contraints à en subir les conséquences. Avec ce livre, c’est pareil. VT a vidé son sac, et depuis trois jours l’odeur de sa revanche nous poursuit à la radio, sur la toile, à la télé et dans la presse.

Dans le cas du pet dans l’ascenseur, les portes de l’ascenseur s’ouvrent, on aère, et on n’en parle plus. Par contre, dans le cas d’une attaque publique sur le Président élu, motivée non pas par le sens du devoir, mais par un simple esprit de vengeance, c’est la confiance du peuple en son dirigeant qui est remise en cause. Même avec des litres de Mr Propre et un bon coup de Pschitt pour masquer l’odeur, ça risque de puer pendant bien plus longtemps.

Pour celles qui en ont besoin, les possibilités de revanche sont multiples sans avoir recours à l’humiliation publique sur l’échelle internationale. Mr ou Mme Tout-le-monde qui se retrouve « largué » serre ses dents (ou ses gencives, selon ses revenus) et continue son chemin. La tentation de se venger est grande, mais on dit que la vengeance est un plat qui se mange froid; le besoin de se venger en dit bien plus sur la personne qui la cherche que la personne visée.

J’y ai quand-même réfléchi, et je livre ici en exclusivité une liste de propositions de vengeances alternatives (si jamais son livre n’a pas déjà fait fuir tout prétendant ultérieur).

Passer son numéro de portable à tous les partenaires Bleu Ciel de EDF.

Planquer des crevettes dans des coins inatteignables de son armoire avant de le quitter à tout jamais.

Recoudre ses slips kangourous puis glisser du Viagra dans son café.

Vider le pot de Nutella et le remplacer par du chocolat laxatif.

Remplacer son dentifrice par du Veet, ou piquer son Flexident pour assurer le nouveau look de « sans dents ».

Faire une commande de vingt pizzas qui seront livrées à deux heures du matin alors qu’il dort avec sa nouvelle conquête.

Mon coup de gueule de changera rien, et Mr ou Mme Contribuable investiront quand même de l’argent pour faire du voyeurisme d’élite. Installé(e) sur le trône avec leur nouveau bouquin, ils liront, haletants, ce récit unilatéral de la vie menée par VT avec Mr le Président. Pète-t-il dans l’ascenseur ? Oublie-t-il de baisser la lunette des toilettes après son passage? Et, plus précisément, au fond, franchement, ça intéresse qui ?

Car la question clé, c’est celle-là. Les français vont-ils vraiment valider le coup de grâce en achetant ce livre? La France qui hurlait il y a si peu de temps que la vie privée du Président « ne les intéressait pas » se laissera-t-elle instrumentaliser par une femme qui cherche à épingler son ex-compagnon sur un échafaud publique ?

Au moins, au petit coin de Mr Tout-le-Monde, ce livre se trouvera au bon endroit pour être recyclé comme il se doit après chaque séance de lecture. La ministre de l’écologie serait sans doute ravie de le savoir.

 

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Cerise, la fille qui n’assure pas.

Hello, les Zamis! Vachefollette vit toujours, si si. L’enclos est en plein changement, et le box du grand biped se vide en préparant son départ à la fac. Aujourd’hui, j’ai contacté les assurances pour sa garçonnière, et du coup, ça m’a rappelé ce billet d’il y a deux ans. C’est l’histoire de la petite Cerise et sa manie de porter la même robe à petits pois….
Bonne lecture, bonne rentrée, et à bientôt pour des nouvelles fraîches!

Ruminations d'une vache folle

Notre abri à vélo n’est plus de ce monde. Lors d’une nuit de janvier particulièrement agitée par les éléments, il a été transformé en crêpe par le cèdre des voisins.

Ces derniers étant assurés par une société d’assurances bien connue, on s’attendait à avoir de la visite rapidement. Mais Cerise, l’héroïne de cette cette société dans des spots publicitaires alléchants, ne s’est jamais pointée sur son petit vélo écolo. Ni le matin de la découverte du cèdre terrassé, ni pendant les 48 heures sans électricité nécessaires à EDF pour installer une nouvelle ligne électrique, ni pendant l’attente interminable des devis pour enlever l’équivalent de l’haricot magique de nos jardins.

A ma grande frustration, je n’ai donc pas pu établir si elle avait des moucherons entre les dents ou des auréoles sous les bras à force de traverser la France à toute blinde pour tomber “par hasard” sur ses futurs assurés…

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« Faites l’étoile ! » …Ou comment un serveur vocal a mis l’accent sur mon accent.

Je partage mon existence avec mon « petit accent ». Il est toujours dans mes pattes et se fait remarquer partout. Mon accent anglais me colle à la peau comme un chewing gum sur le quai du métro, comme le pudding sur le bol de la veille. Depuis le temps que je suis en France, j’essaie de m’en débarrasser. Mais il n’y a rien à faire. Certains mots ne passent pas – surtout ceux qui contiennent des « u » et des « ou », qui ont toute la richesse veloutée du chocolat fondu dans la bouche d’un français mais l’appétence d’une galette de riz dans la mienne.

understanding each other

« Joanna chercha désespérément à faire la distinguo entre « dessus » et dessous. »(Photo credit: ucumari)

Jeune assistante en langue anglaise, j’avais choisi de m’installer au fin fond du Cantal afin de me plonger dans un véritable bain linguistique au pays des Gitanes maïs et de l’aligot. Le soir, je m’efforçais à maîtriser mes bêtes noires de la prononciation – en commençant par le défi de transformer mon « euw » minable en « ou », façon française. Ainsi, je m’acharnais à répéter « huit grenouilles farfouillent dans une bouilloire », poussant les lèvres en avant comme un chimpanzé et cherchant l’air au fond du ventre. En vain.

Je n’étais pas seule dans mon désarroi. L’anglaise qui bossait trente kilomètres plus loin avait un accent très « Jane Birkin » qui enchantait les locaux. Elle était ravie de son succès jusqu’au moment où elle est allée à la pharmacie acheter une crème pour le cou. Elle est rentrée chez moi rouge langouste, perplexe que le pharmacien lui avait vendu une tube de préparation H, assortie d’un large sourire.

Pourtant, ceux qui m’entouraient trouvait mon accent « charmant ». Il m’a même attiré des ennuis après une « interview » par la radio locale – un déséquilibré local était visiblement émoustillé par le cocktail exotique de mon accent et mon rôle d’enseignante en langue au point de m’appeler toutes les nuits et m’expliquer ses fantasmes en détail. Au bout du rouleau, je lui ai finalement suggéré de me donner son nom et son adresse pour recevoir une photo dédicacée en bas résilles et porte-jarretelles, cravache en main et lunettes perchées sur le bout du nez. Bizarrement, les coups de fil ont cessé.

25 ans plus tard, le spectre du « ou » me hante toujours. Tout de blanc vêtu, chaines autour du cou : un fantôme Dickensien avec une Bescherelle sous chaque bras.

Rien de plus banal pour le français que de faire un choix entre quatre critères énoncés par la standardiste virtuelle du Crédit Agricole du Languedoc. J’ai fini par en devenir chèvre (le comble pour une vache) et à faire l’étoile dans mon salon comme ceci :

Ce coup de fil, c’était frissons et sueurs froides assurés : il me fallait la rubrique « rendez-vous ». D’un ton qui se voulait ferme et assuré, j’ai dit « Rendez-vous ». Lèvres poussées bien en avant, façon macaque. Mon interlocutrice virtuelle a laissé un blanc, puis m’a informé d’un ton acerbe qu’elle ne m’avait pas compris. J’ai recommencé, avec cette fois-ci une variante : une imitation de l’acquesseng du coing. Rieng à faireuh, et retour à la case zéro. Je raccroche, je ravale ma salive, m’arme de flegme Britannique, et recommence. A chaque fois, je m’exerce à bien prononcer. Ma tête dicte, « Rendez-vous ». Ma bouche fait comme elle peut : « Ronday-vue ». Et Attila la standardiste me recale à chaque fois. Je pête les plombs, et je l’informe sèchement que si elle comprend l’accent du Languedoc, il n’y a pas de raison qu’elle ne comprenne pas la mienne. Elle me raccroche au nez. Au moment où j’envisages un aller simple en Perfide Albion, elle daigne me passer un vrai humain. Je prends mon ronday-vue, et elle me demande si elle peut m’être utile en autre chose. Alors, là, oui. Volontiers. La standardiste virtuelle est soit un peu dure de la feuille, soit xenophobe.  Dans le deux cas, il faudrait peut-être songer à la faire remplacer. Meuh-ci.

Mode d’emploi : Les grumeaux.

Cela fait longtemps que je n’ai pas publié de billet ici. J’y pense souvent, et quand j’ai cinq minutes, je m’asseois devant mon écran, mais l’humour voulu ne fait pas surface. Vachefollette est dans une période de changement et cela change beaucoup sa vision du monde.

A défaut de ne rien écrire du tout, j’ai décidé de vous faire découvrir une autre facette de Vachefollette, qui pendant ces temps troublés est redevenue tout simplement une dénommée Joanna.

Quand j’étais petite, ma mère m’a appris à faire de la pâte sablée. Quand je lâchais les cubes de beurre au dessus du saladier, je les regardais atterir dans le lit doux de farine, créant des cratères. Je les frottais délicatement entre pouces et doigts et me régalais de la sensation de fraîcheur, de la douceur soyeuse de la farine, du plaisir d’être avec ma mère. Prise en charge, j’étais en apprentissage, en symbiose, en sécurité. Pendant ces moments-là, cachée dans la cuisine, le garçon manqué en moi savourait secrètement un petit coin du monde féminin que je fuyais au contemporain.

J’ai montré fièrement le résultat à ma mère. La lourdeur et les formes angulaires des cubes de beurre avaient finalement cédé au rythme de mes doigts pour s’intégrer dans la douceur de la farine et ainsi devenir une nouvelle matière avec plus de consistance, de poids, de présence. Ce fut un temps ou tout était magique. Le fait d’être non seulement acteur mais l’instrument même d’une création – aussi simple qu’elle soit – me fascinait.

Maman a sourit, et m’a dit que même si des fois tout a l’air d’être bien en surface, il reste souvent du travail caché en dessous. Elle prit le bol et le secoua vigoureusement. Des grumeaux remontèrent à la surface, des bosses disgracieuses qui venaient perturber ma vision parfaite de mon oeuvre. Je me suis sentie bête : le beurre avait eu raison de mon orgeuil. Je plongeai mes mains dans le saladier, et les grumeaux furent achevés par mes doigts déterminés.

Récemment, la vie a secoué vigoureusement le saladier virtuelle dans lequelle ma vie prend forme, jour après jour. Le fonctionnement même de l’existence fait remonter de gros grumeaux à la surface. Ces grumeaux, je les avais ignoré jusqu’à là, même si je savais au fin fond de moi qu’ils font partie intégrale de la recette et qu’ils sommeillaient au fond du saladier pour faire surface un jour. Le plus gros de ces grumeaux, c’est le deuil – passé et à venir – qui nous rappelle qu’on n’a qu’une vie, dont on peut être l’acteur ou un simple spectateur. Voir en toute clarté la différence entre vivre et vivoter, l’importance de chaque jour avec ceux que l’on aime. Reconnaître ses propres limites face à la maladie d’un proche.

Je suis en train de repérer tous ces grumeaux et les disperser, doucement mais surement, avec les bouts de mes doigts, comme maman me l’a appris. Pour refaire un ensemble homogène dans mon saladier. Et à tout prix, ne pas râter ce beau plat qui est la vie.

Et la lumière fut.

Et encore un coup de fil. Ils ne m’auront pas à l’usure. Comme le Monsieur de la MAAF, c’est moi qui l’aura – un jour.
Vachefollette est en colère. Elle ne veut pas de panneaux photo-voltaïques sur le toit de son étable. Elle ne répondra pas aux inconnues qui déboulent avec leurs questions indiscrètes et leur affirmations de rendez-vous qui n’ont jamais été pris avec qui que ce soit. D’ailleurs, dans les prairies de la Perfide Albion, c’est très malpoli de demander l’âge d’une dame.
Voici un billet écrit il y a fort longtemps sur ces appels téléphoniques qui nous pourrissent la vie. Oh, et puis j’oublie… N’oubliez pas de me signaler à la fin de votre lecture que vous avez moins de 50 ans, et que vous êtes propriétaire de votre domicile – c’est bien votre cas, madame?

Ruminations d'une vache folle

English: A sprout in a lightbulb. English: A sprout in a lightbulb. (Photo credit: Wikipedia)

Cher fournisseur d’électricité,

Il faut que je vous parle de quelque chose. Si je n’en parle pas, le courant ne passera vraiment plus entre nous.

Je viens d’être dérangée pour la énième fois par quelqu’un qui ne sait pas prononcer mon nom de famille, car vous avez apparemment refilé mes coordonnées à toute une flopée de personnes bienveillantes qui s’inquiètent pour mon bien-être, et surtout pour le contenu de mon portefeuille, depuis l’achat de notre maison.

La première fois, mon interlocutrice m’a informé avec aplomb qu’elle m’appelait de votre part, et s’inquiétait de savoir si je serais bien là pour le passage prévu de son technicien. N’ayant sollicité personne, je demande l’objet de sa visite. Sa réponse me surprend: c’est pour vérifier la charpente. Pendant le blanc qui a suivi, je me suis demandé s’il y avait une faille dans mon…

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Une petite pause s’impose…

Veuillez excuser cette silence inhabituelle. Vachefollette et son petit troupeau se sont regroupés à l’étable quelques temps suite au décès d’un proche.

La nostalgie, la tristesse et le manque sont des sentiments qui nous sont étrangers. Le deuil, c’est quand la présence d’une personne se transforme du jour au lendemain en un vide qui demande en vain d’être comblé. Nous devons maintenant apprendre à apprivoiser ce vide, et accepter cet absence dans le paysage de notre quotidien.

Vachefollette sera donc absente quelque temps – j’espère vous retrouver d’ici quelque temps, le temps que mon troupeau s’ajuste aux changements.

 

 

L’oeil noir du salon, ou comment ne pas s’ennuyer devant la télé.

Il est temps pour moi de sortir du placard. Voilà : J’ai été élevée sans télé.

Jeune ado, alors que les filles dans ma classe se mettaient en huit clos dans la cour du collège pour l’analyse journalière de leur série télévisée préférée, je restais dans mon coin. Je ne pouvais pas participer au débat, car pendant qu’elles versaient une larme devant l’œil noir qui siègait dans leur salon, mon weekend se passait tout autrement. A me perdre dans le monde fantastique de Tolkien et de C.S. Lewis. A jouer avec mon frère et mes sœurs. A bricoler, cuisiner, rêver, écrire, apprendre le français en chantant Françoise Hardy en boucle dans le salon. A faire de la voile, hurlant de toutes mes forces dans le vent, jusqu’à ce que je n’aie plus de voix et ne sente plus mes doigts.

1950's - MODERN ADDICTION

Toute la bande avait enfermé les enfants à la cave pour regarder le Petit Journal en paix. Rien de mieux que de se réunir pour bader devant la téloche… (Photo credit: Clapagaré)

J’étais hors norme, et j’en payais les frais avec une mise au piquet systématique.

Fast forward à l’âge adulte. L’oeil (et ma bête) noir est accroché au mur du salon comme un sinistre œuvre d’art. Il a maigri au fil du temps avec le régime technologique qui règne de nos jours – un régime qui augmente le prix d’un article au fur et à mesure que ses dimensions s’ameunisent. (Cela s’applique aussi pour d’autres produits – moins il y a de tissu dans les sous-vêtements et de sucre ou de matières grasses dans les yaourts, plus ça coute cher. Je m’étonne de voir quelque chose dans les bouteilles de soda « 0% » – si on enlève tout, pourquoi y en a t’il encore dans la bouteille ? Ca doit être le phénomène « Païc Citron » – quand il n’y en a plus, il y en a encore).

Mais retournons à nos moutons. Assis devant leur télé. En occurrence, ma petite famille, qui adore allumer la boîte le soir, et en même temps mettre leurs neurones en veille. Le soir, on s’aligne dans le canapé et on bade devant la téloche. Je trépigne pour discuter. Mais chuuuuut, Maman !

Alors j’écris, je lis. Erreur. « Tu nous snobes ? » Décidément, l’œil noir ne supporte pas qu’on puisse dédier son attention à autre chose.

Donc  je regarde. Mais je n’écoute pas. Je regarde toujours l’arrière plan – je l’ai toujours fait. Car ce qui est devant ton nez est rarement l’élément le plus intéressant d’une situation.

PF aime regarder une émission le soir. Un journaliste espiègle, sûr de lui. Peut-être un peu trop. Il trône sur le plateau avec des invités, puis une brindille de fille arrive à toute blinde en vacillant sur des talons vertigineux pour présenter la météo. Ca m’ennuie. Alors je regarde le public derrière le plateau. Et là, c’est fascinant.

L’âge moyen ne doit pas dépasser vingt ans certains soirs. J’ai beau chercher, je ne vois pas d’anciens. Même pas de quadras et surtout pas de cheveux gris. Nada. Zilch. Nothing. Même pas une ride sur ces visages frais qui n’ont pas encore rencontré le monde merveilleux de Super Crème et ses acolytes. Alignés en rang d’oignon derrière les journalistes avec des sourires crispés, soigneusement coiffés, on dirait des photos de passeport posées sur des épaules. On se demande même s’ils ne seraient pas découpés dans du carton. Ils attendent, droit comme un ‘i’ dans leurs chaises, qu’on leur fasse signe de rire, d’applaudir ou de s’agrémenter d’un accessoire pour charrier un invité de marque. C’est fascinant.

Wise monkey

Singes… ou moutons? (Photo credit: @Doug88888)

On y repère quand même des personnages clés qui reviennent tous les soirs :

Le textomaniac. Il tapote des textes en cachette sur son smart phone, posé sur ses genoux, et ne semble pas se rendre compte qu’un caméra est braqué sur lui.

La future mannequin. Là, il y en a à la pelle. Je suis belle-euh. Si belle-euh. Je tourne le cou juste comme ça pour montrer mon meilleur profil, et je reste comme ça pendant une heure même si j’ai un torticolis à la fin. J’affiche mon plus beau sourire, mets ma bouche en cœur, puis un rictus douloureux rigidifie mes joues. J’émets un regard sulfureux en espérant être repérée par un responsable de casting (je m’en fous, je commencerai par les pubs de bouffe pour chat et je gravirai ensuite les échelons jusqu’au niveau vertigineux des pubs « Le Chat »).

Le nerveux. Il remet ses cheveux derrière son oreille en permanence et ses yeux regardent les caméras furtivement pour savoir si la tante Huguette va le repérer et vendre la mèche à maman (il s’est inscrit pour éviter le dîner avec les copines du club de bridge de sa mère).

Celui qui veut être vu. Il a mis sa cravate Looney Tunes histoire de ne pas passer inaperçu, et rit à gorge déployée à toutes les vannes et les blagues, même s’il n’a pas compris ou si ce n’est pas drôle du tout. Car on l’a fait venir pour ça, et en échange, ses potes le verront à la télé et il aura un atout pour draguer au bar vendredi soir.

Le fan. Celui qui est venu dans le seul but de voir son héros ou héroïne, même si leur prestation est limité à une minute de « Ah, yeah, well, I guess that um… yeah, right ». Facilement reconnaissable par son manque total d’intérêt pendant l’émission, il sort de son coma en un temps record pour applaudir avec toute l’assiduité d’un otarie chez Sea World.

Alors finalement, la télé, ce n’est pas si ennuyant que ça. Il suffit de savoir chercher le point d’intérêt à l’arrière plan…

Et vous? Vous êtes des adeptes de la télé? Dites-moi tout!

 

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Plaidoyer pour le point d’exclamation.

L’heure est grave, mes amis : le prestigieux point d’exclamation, roi des répliques sur scène et dans la littérature classique, a perdu sa valeur choc. Lui qui apportait jadis une vraie ponctuation dramatique dans un texte est aujourd’hui banalisé dans la presse à sensation et les publicités. Son rôle digne et poignant dans « J’accuse…! » de Zola est un lointain souvenir : il fait désormais la réclame « TOMATES !! UN EURO LE KILO !! » sur du carton fluo

Leather! Belts! £5!

Le travail forcé des points d’exclamation au Royaume Uni illustré par cette promiscuité de trois points d’exclamation par panneau. (Photo credit: itspaulkelly.)

En ce moment même, les points d’exclamation sont répliqués en masse partout dans l’Hexagone pour rentrer en guerre. Ils sont devenus les Malgré-Nous de la bataille électorale, enrôlés de force par des tortionnaires aussi habiles en ponctuation que King Kong en broderie. Eh oui, c’est le moment des élections municipales.

Dernièrement, j’ai déplié un tract qui a aussitôt déversé une avalanche de majuscules dans ma cuisine. Les points d’exclamation étaient dispersés partout sur la page par deux, voire trois : on dirait que l’auteur n’osait pas en laisser un tout seul dans ce jungle de promesses électorales, de peur qu’il se fasse dévorer par une meute de virgules affamées avant d’avoir pu assumer son rôle d’agitateur de neurones.

Je ne sais pas quel effet cela vous fait à vous, mais malgré mon légendaire flegme britannique, la maltraitance de la ponctuation me met dans tous mes états. Je suis une adepte du langage, et l’expression écrite m’informe autant sur un candidat que le contenu de son programme. Autrement dit, la forme écrite est aussi importante pour moi que le fond qu’elle véhicule. Dans ce cas précis, le surdosage de caractères excités qui se bousculaient sur la page transformait l’argument en celui d’un enfant avec une perf de Fanta et le ventre plein de schtroumpfs Haribo. Crier, c’est un constat d’échec – même à l’écrit. Plus on crie, moins l’argument me paraît crédible.

English: Title of Zola's J'Accuse...! article ...

Moi aussi, j’accuse. Laissez les points d’exclamation tranquilles! (Photo credit: Wikipedia)

Certains candidats garnissent leurs documents de points d’exclamation avec tout l’enthousiasme d’un apprenti pizzaïolo qui trébuche au dessus d’une napolitaine avec la boîte de câpres. D’un air résigné, nos héros s’alignent à côté de majuscules musclées qui forment des mots clés dans cette bataille sanglante :

« AGIR !!! »… « ENSEMBLE !!! »… « MAINTENANT !!! »

Car les majuscules, elles aussi, ont été prises en otage par les rédacteurs des tracts électoraux. (Mon exemple préféré, sans points d’exclamation mais lourd de conséquences, se trouvait sur un programme qui est tombé entre mes mains en Alsace ce weekend : « RIGEUR ».  C’est ce que l’on appelle se tirer une balle dans le pied.)

Alors s’il vous plaît, Messieurs-dames les candidats et candidates aux éléctions municipales, ecrivez doucement et ménagez ce petit caractère plein de caractère quand vous rédigez vos tracts et programmes. Les points d’exclamation sont des êtres solitaires. Ce sont les Lone Rangers de la ponctuation, et ils doivent donc se présenter seuls pour clôturer une phrase. La parcimonie doit régner, au risque d’agacer le lecteur et mener à une mise à mort certaine du document dans les flammes du foyer ou la caisse du lapin. Un peu comme la cuisine, il faut savoir saler et poivrer son écrit avec justesse si vous ne voulez pas transformer votre chef d’oeuvre en salades.

Tant que j’y suis, relisez bien avant de signer le bon à tirer, au risque de montrer une manque de rigeur rigueur et détourner vos propres propos, comme dans cet exemple dans le dernier programme que j’ai lu. En oubliant le « b » de « urbanisme », le candidat s’engageait à finaliser un plan plutôt insolite « d’uranisme local« . C’est une grande première …

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Le Monde Merveilleux de Super-Crème.

Le monsieur qui s’occupait du contrôle technique m’a donné un magazine féminin pour passer le temps en disant, « Tenez! C’est cadeau! Lisez ça en attendant! » Je déteste les hebdomadaires féminins, qui ne franchissent jamais le portail de mon enclos. Mais comme je ne suis pas une vache vache, je l’ai remercié et je me suis penchée sans enthousiasme sur mon édition gratuite.

Le plus gros titre annonçait un « Spécial minceur : moins trois kilos avant les fêtes ». De quoi se demander si la condition de la femme « actuelle » visée par ce magazine s’était vraiment améliorée depuis le temps. Parmi les autres titres de la couverture, des petits plats à mijoter, un teint d’été en hiver et la déco chic pour la maison. Meuh-ouais. Ca donne envie d’enfiler son petit tablier pour protéger son tailleur rose à la Jackie Kennedy, poudrer son petit nez et de claironner « à table, chéééri«  par la fenêtre. Ou pas.

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Roberte expliqua aux voisines la procédure à suivre quand leurs maris laissèrent « Femme Actuelle » ouverte à la page des régimes miracles. (Photo credit: jbcurio)

Deuxième constat : Ce truc était rempli de pubs. Une grande partie de notre achat « lecture » est dédiée à nous faire dépenser de l’argent ailleurs. Les sodas, le maquillage, le nettoyant WC, le sirop contre la toux, les chocolats, les lingettes lustrantes, des maquereaux en boîte… Un concentré révélateur de ce que l’on pense être l’univers féminin.

Mais le palmarès des pubs a été remporté par les crèmes miraculeuses. T’as une ridule ? La peau sèche ? La méchante cellulite a élu domicile sur tes fesses de déesse ? De vilaines rides se creusent autour de ta bouche ? Pas de soucis… Super-Crème te sauvera !

Sa culotte enfilée par-dessus ses leggings lycra, Super-Crème ne se contente pas de créer de nouvelles verbes en Français (elle « lifte » et elle « repulpe »). Elle oeuvre également nuit et jour pour combler, remodeler, lisser, nourrir, illuminer, protéger et hydrater ton pauvre derme, qui sinon serait aussi sec et ridé qu’un vulgaire pruneau d’Agen. Cette crème de la crème et ses acolytes font même la peau aux radicaux libres. (Super-Crème devrait présenter une liste aux municipales. « Nous lissons votre vie et combattons les radicaux libres. Parce que vous le valez bien ».)

Madame a donc droit au plaisir de péguer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Moyennant une petite contribution financière de votre part, on promet que la consommatrice de moins de 50 ans pourra défier la loi de la gravité et avoir les joues aussi fermes et rebondissantes qu’une fesse d’un nouveau-né.

Marilyn Monroe Drinking

« Marilyn Monroe buvait du Chanel N° 5, son elixir secret contre les rides » (Photo credits: Giphy)

Il faudrait être fou pour utiliser la lettre « Q » dans le nom d’une crème pour le visage en France, mais Nivea l’a fait. La « Q10 » de Nivea est maintenant passée au Q10+ (sans doute la même chose, mais avec du chantilly en plus). Vichy aussi a un Serum 10 – c’est quoi votre truc avec 10, les mecs ? Si les neuf premiers n’étaient pas efficaces, le 10 ne le sera pas non plus. Chanel se contente de numéro 5 depuis des décennies. En plus, c’est un produit multi-fonction, car Marilyn Monroe l’utilisait comme pyjama aussi. Dans le même style, on pourrait songer à une crème corporelle 33 – un hydratant-appâtant pour attirer les hommes avec un penchant pour la bière. J’aimerais bien une crème apaisante 51 pour l’été, avec une petite touche d’anis pour rappeler l’apéro et les cigales. Et pourquoi pas une anti-cellulite appelée « 666 », pour bannir ce diable de nos cuisses ?

Ca doit être un vrai dilemme pour les femmes qui ont toute la gamme de produits pour la peau. Laquelle doit être appliquée en premier ? Si on met d’abord celle qui lutte contre la cellulite, est-ce que son effet sera annulé ou même inversé par l’effet nourrissant du lait d’amandes ?

J’ai abandonné le lait hydratant après la douche du matin, car mes jambes restent aussi poisseuses qu’une plage bretonne après le naufrage de l’Erika. Le collant colle aux cuisses et au lieu de me sentir féminine jusqu’au bout des ongles, je pars bosser avec l’impression d’être un poulet emballé sous vide. 

Cropped screenshot of Marilyn Monroe and Cary ...

Ne souhaitant pas prendre de risques, Marilyn testa d’abord la crème galbante sur une partie cachée de sa cuisse. Cary Grant, réquisitionné par l’Oréal pour faire son rapport, en fut ravi. »  (Photo credit: Wikipedia)

Sinon, il y a l’option du voile d’huile de Monoï après le bain du soir. Mais là aussi, problème : rien de moins sexy pour chéri que de serrer sa muse dans ses gros bras musclés et la voir décoller sous la pression, telle une banane dans les mains du roi Louis (je parles, bien entendu, du copain de Mowgli et Balou).

J’en déduis que le seul façon de contrer l’effet de l’âge et de la gravité, c’est de dormir accrochée à l’envers sur une poutre, comme une chauve souris. Il n’y a qu’à regarder Mme de Bettencourt pour vous décider si l’investissement de temps et d’argent vaut le coup – après tout, elle a dû avoir droit à des produits anti-rides gratos toute sa vie.

Donc souriez, parce que sans les rides, ce serait difficile à faire. Comme le dit mon auteur préféré, Roald Dahl :

“Si tu as de belles pensées, ils brilleront dans ton visage comme des rayons de soleil, et tu seras toujours belle”.

Alors rigolez un coup, c’est bien d’avoir la banane. Avec ou sans la crème.

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« Berry nice »: le plaisir d’acheter chez le producteur.

Ce matin je files au marché pour chercher ma dose hebdomadaire de sourires et de produits frais qui ont poussé dans les champs à côté du village.
Hier, jai lu un super billet écrit par la belle plume de Polina sur les produits bios. Vous pouvez trouver le billet ici: http://polinacide.wordpress.com/2014/02/19/bio-mais-pas-trop/ – Je vous recommande vivement d’aller faire un tour chez Polina si ce n’est pas déjà fait.
Son billet m’a rappelé qu’un de mes premier billets sur ce blog parlait des produits locaux… Voici donc les escapades de la Vache Folle au pays de la Gastronomie, version positive, histoire de me racheter auprès de ceux qui auraient pu être vexés par ma dernière diatribe 🙂

Ruminations d'une vache folle

Hier après-midi, mon voisin m’a regardé d’un oeil déçu.  « Je ne t’ai pas vu au marché ce matin. Dommage, il y avait les premières fraises. Le stand poulet n’y était pas, tu sais où ils sont passés? »

Dans ce « no man’s land » des vacances scolaires, je ne m’étais pas rendue compte que c’était jeudi. J’ai eu un pincement de regret, car le jeudi matin, c’est le moment où je me nourris de contact humain au fil des stands sur le marché du village, en même temps que je prévois de quoi nourrir ma petite famille.

A mon arrivée dans l’Hérault, je me sentais seule. Sortie de force de mon quotidien bien confortable en Alsace, où je « ratchais »* du matin au soir et mettais parfois une heure pour chercher le pain tellement je m’arrêtais pour papoter, mon nouvel environnement, bien que beau, me semblait bien vide en matière de communication. Telle une…

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